Le jour où… La relève du 65ème Régiment d’Infanterie de Gaston, en Champagne.
(Photo : une tranchée en 1ère ligne…)
Plus de deux mois après le début de la grande offensive d’automne, le régiment de mon cousin Gaston, à peine 19 ans, est toujours engagé dans la région de Suippes où il alterne les relèves avec son régiment binôme. Après l’hécatombe de septembre-octobre, les pertes apparaissent « insignifiantes ». En regardant de plus près, Gaston est en train de se déployer à proximité du secteur qu’Apollinaire a rejoint à l’occasion de son passage dans l’infanterie ! N’appartenant pas à la même brigade, il existe peu de chance qu’ils se soient croisés au hasard d’un boyau dans le bois des Perdreaux… La rencontre de ce grand gaillard de poète avec mon cousin, plutôt petit et rond de visage, aurait pu produire une image cocasse et faire pouffer.
Photo : une tranchée à Vauquois…
Dans le secteur de Vauquois, ce n’est pas le sourire qui illumine le visage du lieutenant André Pézard : les relèves s’alternent, mais la situation sur le terrain ne s’améliore pas, comme il le décrit à cette date. D’une façon ou d’une autre, une certaine forme d’habitude ou de lassitude finit toujours par s’installer. Il faut alors faire preuve d’énergie et de détermination pour aller de l’avant et améliorer l’installation, les défenses et tout ce qui facilite le quotidien.
Photo : lassitude et épuisement dans les tranchées …
Pas toujours facile… c’est souvent la marque des chefs :
Une fois de plus toutes choses sont changées dans ce secteur E où nous sommes remontés sous une pluie longue et fondante. Je suis de quart cette nuit et je « navigue » à travers les tranchées ; leurs méandres détrempés se tordent de plus en plus, comme un cartonnage en bouillie ; des éléments ont disparu, engorgés de débris de boue ; on a fouillé de vagues boyaux nouveaux, tout de suite caducs et décrépits ; l’un deux est resté inachevé : on y déterrait un cadavre, un autre éventre d’anciennes feuillées comblées et rebouchées, encore noires et presque inodores, tant l’infiltration de l’eau a délayé les vieilles ordures. Un autre boyau met à l’air des poutres jadis enfouies par quelque bombardement : je manque de tomber, dans l’ombre et je me raccroche aux sacs à terre. Ceux d’en haut, les derniers posés, ont l’air encore durement osseux sous le duvet bourru du chanvre humide. Leur poids écrase les sacs du bas, infâmes, avachis, pétris de boue grasse, qui se dérobent peu à peu sous nos coups de pieds ; les murs qu’ils trahissent chancellent l’un au-devant de l’autre, mal soutenus de piquets, mal étayés de planches qui barrent le passage. Ce chaos toujours renaissant, toujours plus lamentable, toujours plus noir, c’est à fou de tristesse. Ce n’est pas le chaos d’une genèse monstrueuse, ni celui d’un cataclysme sauvage, c’est quelque chose de vulgaire et d’usé, c’est d’une impuissance lamentable, cela pue la vieillesse, la misère humaine. (Nous autres à Vauquois – André Pézard)
Une « belle » tranchée à Vauquois pour la photo …
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