Le jour où… Mort au combat du conseiller Collignon, ancien conseiller d’état et secrétaire général de l’Élysée, engagé volontaire à 58 ans, au sein du 46ème Régiment d’Infanterie.
À la déclaration de guerre, le 46ème Régiment d’Infanterie tient garnison à Paris et Fontainebleau.
Il conserve dans ses traditions le souvenir et la mémoire de Théophile Malo-Corret de La Tour d’Auvergne (voir l’image d’Épinal et sa légende), soldat héroïque de l’Ancien Régime, puis de la Révolution, qui s’était rengagé au retour d’un séjour en captivité, comme simple volontaire à la 46ème demi-brigade, à l’âge de 55 ans, remplaçant un jeune conscrit pour lui permettre de rester auprès de son père de 80 ans. Surnommé le 1er grenadier de la République, il était mort en 1800 à la bataille d’Oberhausen, en Bavière.
Jusqu’à la dissolution du régiment à Berlin, en 1992, La Tour d’Auvergne apparut sur les listes matricules du régiment et à chacun des appels il fut annoncé : Mort pour la France !
Photo autographe : Henri Collignon en conseiller d’État
À la déclaration de la guerre, fort de son attachement à la République et à la patrie, Henri Collignon, officier de la Légion d’honneur, ancien préfet de Tulle et de Quimper, ancien secrétaire général de l’Élysée et conseiller d’état, décide de s’engager, à l’âge de 58 ans, au titre du 46ème Régiment d’Infanterie, à cause de son rattachement à La Tour d’Auvergne.
Photo (05 03 15) : Colignon et la garde au drapeau du 46ème
En dépit des efforts qu’il s’impose à son âge, l’homme a encore belle prestance à la garde au drapeau !
Après avoir combattu en Lorraine, puis dans la Marne, le régiment, au sein de la 10ème Division d’Infanterie, celle du général Gouraud, est engagé dans l’Argonne. Il y restera plus d’un an et demi, face à Vauquois (dont nous avons déjà sinistrement parlé les 28 octobre 1914 et 17 février 1915). Le soldat Collignon ne demande pas de faveur, mais il est vite affectueusement surnommé le Père Collignon.
Le 15 mars, en voulant porter secours à un de ses camarades, il est fauché par un éclat et meurt en disant : continuez, mes enfants, j’aurais voulu voir la Victoire. Adieu !
Ses camarades, plus jeunes, l’avaient surnommé Le second La Tour d’Auvergne. Il en eut la même fin glorieuse.
Dans son ouvrage, Nous autres à Vauquois, André Pézard en fait une évocation très émouvante et terriblement réaliste :
18 mars 1915 :
[……] On vient d’enterrer celui que tout le monde appelait le père Collignon… On a décidé de laisser figurer son nom sur les contrôles, comme celui de La Tour d’Auvergne, premier grenadier de la République, héros de la 46ème demi-brigade, qu’on appelle à chaque prise d’armes, après la sonnerie au drapeau, et pour qui répond le plus ancien officier :
– La Tour d’Auvergne ? Mort au champ d’honneur !
Ainsi, le « père Collignon » que je voyais passer tout doux dans l’unique rue de Saint-André, petit village meusien, Collignon que je voyais dans sa capote et sous le képi de tout le monde, ce vieux soldat à la barbe grise, qu’un éclat de ferraille vient d’abattre un jour d’hiver, près d’une ruine de ferme quelconque, au bas d’une pente sale, on va le faire entrer dans la légende du 46ème, « Engagé volontaire », jadis je voyais cela au grand soleil d’août, au son de la Marseillaise, « mort au champ d’honneur », je voyais cela dans une campagne verte et chaude, et pure encore, à part une tâche de sang. Peut-être que le « capitaine » La Tour d’Auvergne, dont le nom sonne comme un nom d’épopée, est tombé entre dix autres comme tombent nos officiers de compagnie ; il sera mort un jour qu’il faisait gris, dans un petit combat sans intérêt ; ses copains auront dit en passant, « pauvre vieux ! pas de veine ! rempiler pour se faire tuer comme çà au fond d’une province allemande… ». Ah ! les campagnes napoléoniennes ! Et quand nous avons raclé de nos capotes la boue de Vauquois, quand nous avons dépouillé nos chemises, voici que nous autres, dans le vent des clairons véhéments qui saluent le drapeau, entre les haies de baïonnettes, nous écoutons se propager jusqu’à nous les ondes sonores de ce cri de plus en plus légendaire, depuis cent ans passés :
– La Tour d’Auvergne ? Mort au champ d’honneur !
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