Le jour où… Retour aux positions initiales de février 1916 à Verdun.
(Carte : le schéma d’attaque français)
L’année se termine… elle a été douloureuse et sanglante pour la France. À Paris, la politique reprend ses droits et le pouvoir est en train de s’assurer du contrôle des militaires en évinçant Joffre du commandement des opérations.
Ce n’est donc pas pour rien, alors que les conditions météorologiques ne sont pas des plus favorables, qu’une offensive d’envergure est lancée sur la rive droite de Verdun. En dépit de moyens contingentés, elle est préparée méticuleusement. Une fois de plus, le rythme donné par l’artillerie sera déterminant pour l’emporter face à des positions allemandes consolidées.
L’assaut est donné à 10 heures du matin, « à travers un jour pâle et brumeux ». Cet assaut est plus dur que celui du 24 octobre et les régiments qui y participent vont inscrire en lettres de sang sur leurs drapeaux les noms de Louvemont-Hardemont et Bezonvaux.
Médaille de 1916 de Pierre Roche, Verdun : Marianne au casque de poilu en train de vaincre l’allégorie impériale (BNF)
Le chef de bataillon Nicolaï, le « preneur » du fort de Douaumont, est tué. Comble de malchance, les conditions climatiques se dégradent : C’est à la fin de l’attaque que commença notre véritable calvaire. La neige qui tombait sans arrêt depuis deux jours s’arrêta pour faire place à un froid des plus rigoureux. Le baromètre était descendu à -20°. Ceux d’entre nous que les balles et les obus avaient épargnés n’étaient plus, à l’aube, des hommes, mais des formes, des silhouettes glacées, boueuses et presque sans vie. Tous, ou presque tous, nous avions les membres gelés, les uns les mains, les autres les pieds, sans compter ceux, nombreux, ayant les deux jambes gelées.
Personnellement, j’eus les pieds gelés au premier degré. Pour atteindre le poste de secours, distant de 1 500 mètres environ, il me fallut près de 4 heures. (Bastien Felice, 4ème Zouaves, in Ceux de Verdun de J. Péricard).
Le 18 décembre, le front se stabilise et le général Passaga, commandant la 38ème Division d’Infanterie, peut poser fièrement avec ses belles bottes, mais à quel prix !
Verdun : création vidéo de R. Ancelin et J. Céron
Le 18 au soir, nous avons relevé les zouaves. Peu après nous entendons des cris souterrains à notre gauche ; nous approchons, ce sont trois ou quatre zouaves qui, étant dans un abri, se sont trouvés enlisés vivants et font des appels désespérés. On essaie de les secourir ; impossible avec nos petits outils portatifs, ils meurent, car, deux jours après, aucun cri ne nous parvient plus.
Quand le jour apparaît, je me trouve avec trois camarades dans un trou d’obus ; des débris humains jonchent le sol ; impossible de remuer, car des mitrailleuses sont braquées sur nous ; nous restons accroupis ; l’eau dans mon bidon est gelée ; je suce quelques glaçons qui sont sur les cuvettes ; pas de ravitaillement ; impossible de se déplacer ; je mange du biscuit et du singe qui est glacé. Mon fusil est enrayé et ne fonctionne plus, de même que la plupart de ceux de mes copains ; quelques grenades. Les morts en décomposition infestent l’air. (Pierre Joly,100ème RI, in Ceux de Verdun de J. Péricard).
À la lecture de ces lignes, plus qu’émouvantes, me remontent les paroles de Gaston : Tu sais Renaud… tous ceux qui n’ont pas fait Verdun, tous des …
Plus d’un siècle plus tard, il est quasiment impossible de se mettre à la place de ces combattants de Verdun ou même simplement de l’essayer !
Le front se trouve désormais éloigné à 7,5 kilomètres de la cité de Verdun. Les manuels d’histoire nous annoncent que la bataille de Verdun est terminée… ce n’est pas tout à fait exact, car les Allemands sont encore fortement implantés sur la rive gauche, qui ne sera dégagée que l’année suivante. Cependant, sa phase majeure, celle qui a retenu le souffle du monde, est bien terminée.
En guise de conclusion, je reprendrai celle d’Henry Bidou dans son Histoire de la Grande guerre (Gallimard, 1936) :
La bataille de Verdun est finie. Le silence va s’étendre peu à peu sur cette terre âprement disputée, devenue un des lieux d’horreur les plus achevés que l’on puisse voir à la surface de la terre.
Entre tous les paysages de la guerre, celui qu’avait créé la bataille de Verdun, avec ses grands à-pics, ses fonds de marécages, ses horizons dentelés, sa couleur tantôt grise et tantôt brun roux, avait un caractère plus tragique que tous les autres. Encore en 1918, pour aller du fort de Tavannes au fort de Vaux, on traversait un terrain convulsé, plus semblable à la mer démontée qu’à la terre. Les fosses entrecroisées qui la composaient étaient des tombes, et à chaque pas, au fond de ces trous, on apercevait une croix. Enfin, le fond de la Horgne dépassé, on se trouvait sur un petit plateau découvert. On avait alors devant soi une espèce de rocher inégal, creusé, bossué, pareil à ces écueils que la mer la plus furieuse a rongés pendant des siècles. C’était le fort de Vaux. Aucune trace du dessin géométrique des ouvrages militaires. C’était une espèce de banc de pierre, irrégulier, et bizarre. Ce qui avait été le fossé était un creux aux versants éboulés ; le mur d’escarpe était devenu un talus, à mi-hauteur duquel courait un vague sentier. Du béton, brisé par les obus, les piquets de fer sortaient de toutes parts, comme les os d’une blessure. Ces piquets rouillés, rougeâtres, semblaient une broussaille naturelle, la végétation monstrueuse de ces ruines. En escaladant le béton, on atteignait le dessus du fort. C’était une sorte de champ dévasté où le vent sifflait.
L’endroit le plus sinistre peut-être de tout le champ de bataille était l’un des ravins qu’on voit descendre vers la Meuse, quand on a franchi la crête Froideterre-Douaumont. Ce ravin qui s’appelait le ravin de la Dame, avait été garni d’un bois, le bois Nawé. Il n’en restait même pas les allumettes et les surgeons. Rien que des souches calcinées, coupées au ras du sol. En bas, dans le fond, quelque chose qui n’était ni terre ni eau. À gauche, une haute colline grisâtre, qui du sommet à la base était piquetée et mouchetée de milliers de trous d’obus. Le dur calcaire de Verdun, sous ces formidables outils, avait perdu sa forme et pris la mollesse, l’indécision, l’air désolé d’un paysage de sable. Rien ne vivait dans cette blême solitude.
Difficile, aujourd’hui, d’imaginer le paysage de la bataille (voir la création vidéo R. Ancelin/J. Céron), recouvert de bois et même d’une forêt domaniale. Pourtant, paradoxalement, cette sylviculture permet de le conserver intact, comme figé dans le temps, ainsi que le montre les photos aériennes prise de nos jours avec le procédé Lidar : un clin d’œil de la nature souveraine sur les folies engendrées par l’homme !
Photo aérienne contemporaine, faite avec le procédé Lidar : le fort de Douaumont dans la végétation.
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